.« Je cherche en vain dans chaque visage une étincelle de poésie, de l'enthousiasme dans les discours, des idéaux si ce n'est des idées, mais les gens passent outre, ils marchent pressés, mal habillés, les yeux vidés par les soucis.
Et je ne peux rien pour eux. Je ne peux rien pour personne. »
...................Hell et les discours d'A n'ont plus le même goût. Je ne m'attache plus aux mêmes pages, mes anciens passages phares ne sont plus à mon écoute que de vulgaires maximes que j'aurais pu prononcer. Je réfléchis, je pense et je parle mieux. C'est peut-être toute la différence avec celle que je fus à la première lecture, à cette époque où j'étais avide de richesse et d'amour Shakespearien, avec la persuasion ultime d'avoir raté ma vie si je ne la vivais pas dans un appart Haussmannien avec parquet et moulures. Elle se tuait à la coke, mon héroïne. Bernée par Mademoiselle Pille qui se joue de gamines prêtes à se faire dévorer par le grand Paris, le tout Paris qui en a vu défiler et qui en verra encore des comme elles, tombées amoureuses du connard ivre mort qui les a dépucelées défoncé dans sa garçonnière à six millions. Aujourd'hui j'ai d'autres rêves, des épreuves m'ont fait grandir et l'illusion ne marche qu'à certains moments de faiblesse. Je me suis mise à fumer comme une conne, je ne suis plus alaise que lorsque je suis débraillée, je contemple les cieux en attendant que quelque chose un jour me tombe sur la figure. Les hurlements à la maison sont devenus monnaie courante, comme les soldats tués en Afghanistan, comme les hommes qui meurent chaque jour. Tout le monde s'en fout, bah c'est toujours moins intéressant que les frasques du nain à la Rolex et de ses acolytes. Pourquoi se soucier du réchauffement de la planète vu qu'on se tire dans les pattes et qu'on va mourir bien avant que la Terre explose ? L'homme s'éteindra comme il est venu, la Terre n'en verra pas d'autre et ce sera mieux ainsi. Dieu n'aura pas besoin de dire « que la lumière ne soit plus », non, on le laisse dormir, c'est ce qu'il fait depuis des siècles vu qu'il n'a sûrement jamais existé. Matériellement blasée jusqu'à la moelle je suis encore idéaliste « dans un monde où Dieu est Réussite Sociale, et qu'on ne sauve plus qu'au cinéma », nous nous enfonçons un à un dans les misères de la vie sociale, de la vie professionnelle, de la vie sentimentale... Je ne pleure plus mes amours perdus ou jamais gagnés, je ne pleure plus mes actes manqués et mes conneries quotidiennes, je ne pleure plus l'absence perpétuelle, je ne pleure plus l'objet à aimer. Je ne pleure plus. C'est tout. Ce n'est pas du bonheur, non, c'est le refus du malheur. J'ai choisi de ne pas aimer, et néanmoins de rester et devenir aimée. Ma vie est une affaire de choix que je suis seule à valider, du moins, j'en ai l'illusion. Et demain j'irai pas en cours, je mangerai pas, je ferai semblant de rire avant de tirer plus fort sur ma clope. Je marcherai encore et puis je reviendrai, puisque nous sommes tous des chats et que là où il y a à manger, nous revenons. Jusqu'au jour où le Chat ne sera plus Chat, alors là, là sûrement, je ne reviendrai pas, je ne reviendrai plus. Je préfère crever sur un dernier cliché d'un gamin dans un PMA d'Afrique au lieu de voir vos gueules d'occidentaux qui vous complaisez dans un malheur qui n'en est pas un. Bande de chats !
?L Pille Hell
Marie 15.3.9
Photo Marseille par Andréa